Philosophie/Psychologie

La théorie de l’effondrement : Un deuil

/!\ Attention dans cet article je ne souhaite pas affirmer qu’une personne ne croyant pas en la théorie de l’effondrement est forcément dans le déni, mais que beaucoup le sont. Car oui on peut être lucide et penser que l’effondrement se se produira pas mais qu’il y aura quelques changement pour éviter les prévisions du rapports GIEC et qu’il ne seront pas assez important pour parler d’effondrement. Même si personnellement j’ai dû mal à y croire.

Face à l’effondrement qui a vraisemblablement déjà commencé, les individus ont tendances à réagir différemment :

  • De quoi tu parles, t’es parano ?
  • Oui je sais, mais qu’est ce qu’on peut faire ?
  • Je ne n’ai pas envie d’en parler, ça me déprime
  • Je pense que c’est largement exagéré
  • C’est pour ça qu’il faut manifester, changer son mode de vie, moi j’ai déjà commencé, il faut s’y préparer !
  • Oui j’ai lu plein d’articles sur le sujet, je n’ai plus de doutes sur le sujet
  • ça serait naïf de ne pas y croire au final
  • C’est tellement anxiogène comme théorie… Encore un moyen de bien faire flipper les gens pour rien.

Et si toutes ces réactions n’étaient que la résultante standard psychologique face à un choc? En psychologie, pour parler gestion du changement et/ou du deuil, on arbore souvent différentes étapes, il y a plusieurs théories, certaines comptent sept étapes, d’autres cinq et ne sont pas toujours placées dans le même ordre… Bref, un constat qui peut donc varier d’une personne à une autre, mais qui dans les grandes lignes est largement avéré.

Parmi les grandes étapes qu’une personne doit subir face à un grand changement il y a : Le déni, la colère, la dépression, le marchandage, l’acception.

Imagine ton/ta copain/copine te quitte et clairement tu ne le souhaite pas. Au début tu te dis « Pas de panique, il/elle va revenir » = DENI. Puis les jours passent « quel(le) salope/salaud il revient pas, jvais lui crever ses pneus » = COLERE, puis « j’ai merdé, j’ai été trop relou, j’aurai dû être plus cool » = CULPABILITE/DEPRESSION, puis « bon je lui renvoie un texto en mode détaché(e) mais en lui faisant comprendre que j’ai changé et qu’il faut qu’il/elle revienne car je vais être moins chiant(e) » = MARCHANDAGE, puis « au final c’est pas plus mal on était pas si bien ensemble, jme remettrai bien sur Tinder tiens » = ACCEPTATION

Bah avec la théorie de l’effondrement c’est pareil, il y a les gens dans le déni comme les climato-sceptiques et je pense qu’à notre époque avec tous les éléments que l’on a que ça soit des scientifiques mais aussi de notre propre observation. Comme le dit Pablo Servigne, ingénieur agronome français et docteur en sciences de l’ULB : « Nous ne croyons toujours pas ce que nous savons. » 

Pour la colère bel exemple de Claire Nouvian ci dessus, l’avantage c’est que cette phase permet la productivité, la réceptivité des gens et donc la prise de conscience. Oui la colère est utile si on sait la transformer en quelque chose de positif. Il peut aussi s’agir de personnes commettant des actions « coup de poing », des manifestations virulantes etc. Car oui, il y a de quoi être en colère.

Pour la dépression et la culpabilité : Il s’agit des gens qui culpabilisent de ne faire que peu pour éviter l’effondrement, et se sentent résignés face à « l’inévitable »

La marchandage : « Bon allez si on arrête tous de prendre l’avion et qu’on met des amendes aux gros pollueurs ça devrait le faire non ? »

L’acceptation c’est se préparer à l’effondrement, en se formant à la permaculture en gérant son argent autrement, en ayant entamé sa transition etc. Pour atteindre cette phase une bonne compréhension des choses est indispensables, il faut être convaincu du problème, Pablo Servigne a pour cela écrit avec le chercheur indépendant en prospective Raphaël Stevens un livre-manifeste, Comment tout peut s’effondrer (Seuil, 2015), dans lequel ils ont introduit le mot « collapsologie ».

Et toi t’es dans quelle phase ?

(5 commentaires)

  1. C’est marrant (enfin, ou pas !) parce que pour moi c’est pas vraiment une « théorie », c’est plutôt un cadrage, une narration particulière, pour des phénomènes qui sont en partie déjà démontrés. Ou en tout cas, ce qui relève de la théorie proposée, c’est pas tant les données sur l’effondrement de la biodiversité ou la dérégulation climatique, c’est plutôt ce qui est possible d’en attendre ou non sur le plan politique. Par ex y’a une tendance dans la collapsologie à partir du principe que c’est un effondrement « pour le mieux » – même si on sait pas toujours bien ce qui s’effondre et ce que désigne toujours le terme effondrement – pour reconstruire sur des bases saines… alors qu’on peut aussi considérer que ce qui risque de se passer, c’est une montée des autoritarismes qu’on observe déjà, une limitation des libertés, la répression accrue de toute mobilisation contestataire, et le repli des riches sur eux-mêmes dans des zones préservées… une augmentation aiguë des inégalités, des morts dues au vagues de réfugiés, des noyades en méditerranée. Dit comme ça, ça sonne vachement moins cool. Mais pour le coup, c’est déjà en cours… C’est pour ça que j’avoue un certain agacement quand dans mon entourage je constate que tout le monde commence à s’y intéresser depuis sa petite vision occidentale, souvent blanche, privilégiée. En gros on se réveille parce que d’un coup, on se dit que notre mode de vie et notre univers familier est menacé. Mais l’effondrement écologique, il est déjà là et beaucoup de gens en paient déjà le prix fort, pareil pour les dérives politiques à l’extrême droite qui vont aller fort bien avec… on s’en fichait juste un peu, ou alors ça pesait pas sur nous au quotidien :s ?
    Bref du coup, j’ai pas l’impression d’être passée par ces étapes de déni, colère, deuil etc, parce que pour moi c’est clair depuis longtemps que ce système économique et politique va droit dans le mur et qu’on doit y résister.
    Qu’en penses-tu ?

    1. Hello

      Tout d’abord merci pour le commentaire 🙂 C’est toujours bien de pouvoir partager sur le sujet !

      En fait, j’aime bien ta façon de voir les choses, mais disons que même si l’effondrement est certainement en cours, à mon avis on utilise le mot « théorie » car tant que ça ne s’est pas produit, il est difficile d’affirmer à 100 % que cela va se produire. Tu as totalement raison quand tu parles que l’effondrement est dépendant des choix politiques. Mais bon jsais pas ce que tu en penses mais c’est pas ceux qui ont actuellement le pouvoir (des pays les plus gros pollueurs) qui vont changer grand chose ^^

      Pour la tendance à penser que c’est « pour le mieux » j’en suis ! Pour moi rien ne peut être pire que le modèle capitaliste, égoïste mondial. Donc après tout… Après tout dépend comment ça se passe, si les gens ne sont absolument pas prêt, tout peut aussi être à feu et à sang. Je caricature, mais on peut tout envisager.

      Quand tu parles d’augmentation des inégalités, autoritarisme etc pour moi tu décris ce qui se passe déjà (comme tu le dis toi même d’ailleurs), je pense et je me trompe peut être qu’un effondrement permettra justement que la donne changera. Pour moi le système aura changé, l’argent ne fera plus le pouvoir, mais plutôt le « savoir et le courage ».

      Pour les gens qui s’y intéressent depuis « sa petite vision occidentale » Je pense que c’est humain, pas forcément excusable, mais disons que l’instinct de survie nous force certainement à avoir un sens des priorités, et notre propre vie est en haut de la liste. Parfois je me dis que pour le coté très autocentré de ces gens là, c’est de l’ignorance (voulue?) de ce que se passe ailleurs. Une personne qui ne regarde jamais de documentaires et se renseigne peu, aura seulement accès à quelques notions floues des soucis que les populations peuvent avoir ailleurs. Après comme on dit « l’ignorance est le pire des mépris ».
      Pour la plupart des gens il faut se prendre le problème en pleine gueule pour essayer de le gérer. Sinon clairement ils s’en foutent. Après on fait aussi en sorte que les gens ne soient pas vraiment au courant.. IL faut que la personne est vraiment la volonté de creuser pour se rendre compte de l’ampleur du problème.

      Pour les étapes du deuil, en effet, elles ne te correspondent pas que de toute évidence, je pense que tu ne fais pas partis des gens qui avait la croyance depuis petit que le système continuait ainsi. Tu as dû vite rationaliser les choses et comprendre que ça ne pouvait pas être durable, donc pas de « choc » à gérer pour toi. Mais bon disons que c’est pas le cas de la plupart des gens… De mon coté la plupart son dans le déni complet ^^

      1. Merci à toi de ta réponse ! Le mot théorie est ambigu parce que dans le langage courant c’est synonyme d' »hypothèse », mais en langage scientifique ça désigne davantage une grille de lecture théorique et ça renvoie pas forcément à quelque chose de non vérifié, qui attendrait un test empirique. Et c’est vrai que j’avais pas perçu que cette ambiguïté pouvait être présente pour la collapsologie, c’est intéressant que tu le soulignes, du coup ça peut être utilisé dans un sens comme dans l’autre selon les personnes

        Je suis évidemment d’accord sur le fait qu’il n’y a pas grand chose à espérer des gouvernants en tout cas ^^ et je suis d’accord aussi sur le fait que la fin du capitalisme est le mieux qu’on puisse espérer, par contre c’est là que je trouve que c’est pas toujours très clair : est-ce qu’on parle vraiment de ça quand on parle d’effondrement ? c’est par nature composite comme approche, on parle d’effondrement dans tous les sens, de phénomènes très différents… si en entendant effondrement on entend « fin du capitalisme » alors oui je comprends qu’on se réjouisse, mais ça renvoie quand-même aussi beaucoup à des déréglements biologiques, climatiques etc qui font plus peur qu’autre chose.

        Donc la grosse question c’est : Est-ce que les deux vont forcément aller de pair, est-ce que cet emballement va forcément conduire à la fin du capitalisme et à une société meilleure ? C’est là que je suis beaucoup moins optimiste que Servigne et cie… Pour moi ça pourrait aussi bien donner lieu à la montée de régimes ultra autoritaires qui vont surfer sur la peur montante face aux catastrophes, alimenter la xénophobie face aux vagues de réfugiés etc. Or j’ai peur que si on se dit que « de toute façon ce sera mieux quand tout s’effondrera », on ne soit pas en mesure de riposter sur le plan politique (et je dis pas du tout que c’est ce que tu dis hein !!). Je pense pas que le système économique et social va s’effondrer de lui-même, je pense que les pouvoirs en place peuvent encore résister très très longtemps pendant que tout tombe en lambeaux, c’est probablement mon désaccord principal avec ces théories je pense 🙁

      2. Hello 🙂
        Merci pour ce nouveau retour, alors pour moi, Oui on parle de la fin du capitalisme quand on parle d’effondrement, car je ne veux pas envisager que ce système reste en place (ahah on règle vite les problème avec ce raisonnement^^). Cependant pour bien savoir de quoi en parle, jsuis allée voir la définition exacte : « Le capitalisme désigne un système politique et économique reposant sur la propriété privée, notamment des moyens de production, le libre échange sur des marchés et la libre concurrence ». En vérité il est pas impossible que le modèle continue d’exister.. mais sachant qu’actuellement il est principalement basée sur les ressources de la planète (pétrole) ça me parait compliqué. Mais j’entends aussi les dérèglements climatiques etc dont tu parles. D’ailleurs c’est sans doute le plus probable, le reste étant plus basée sur nos désirs. Et clairement ce coté là est flippant, surtout si on est tous entassés les uns sur les autres.

        « est-ce que cet emballement va forcément conduire à la fin du capitalisme et à une société meilleure ? » J’espère sincèrement mais peut être que pour en arriver là il y aura une grosse période d’instabilité. Un peu comme un incendie se déclare, on doit tous en théorie descendre dans le calme, en vrai tout le monde court et se marche dessus pour sortir en premier.
        C’est pas la première fois que tu me parles de la montée des « régimes autoritaires » « xénophobie » etc. Je t’avoue que j’ai tendance à moins me concentrer dessus, mais c’est surement une théorie des plus probables, avec l’immigration massive qui arrivera, chacun défendra son « bout du pain ». Déjà qu’aujourd’hui les gens ont du mal avec ça en habitant en campagne profonde bloqué sur les JT… Mais si tu as raison ça sera certainement encore plus développé, peut être même un racisme entre les régions d’un même pays !

        Pour ton dernier point « que le système économique et social va s’effondrer de lui-même, je pense que les pouvoirs en place peuvent encore résister très très longtemps ». il y aura certainement encore des gens aux pouvoirs etc surtout si on en crois Kant qui si je me souviens bien soutenait l’idée que l’humain a besoin d’un chef (ouai je détestais cette idée ^^). Mais penses tu que ça sera la même catégorie (l’Elite actuelle) de personne au pouvoir ? car si on part du postulat que le système économique s’effondre, j’imagine des gens complètement différents perso

      3. Peut-être qu’on aurait besoin de mieux conceptualiser les étapes de cet effondrement supposé en fait… c’est quoi exactement un système qui s’effondre, par quel biais ? Qu’est-ce qui peut menacer des personnes qui aujourd’hui en exploitent des milliers et des milliers d’autres, avec toutes les ressources qu’elles ont ? Est-ce qu’on imagine par exemple un krach boursier tel que les marchés se disloquent ? J’ai des doutes parce que des énormes crises économiques y’en a eu beaucoup et pour l’instant le système capitaliste semble résilient… Est-ce qu’on imagine que tout simplement y’aura plus assez de ressources pour que ça fonctionne ? Je pense que ces groupes puissants, patrons et politiciens, sont malins, des solutions de rechange peuvent être trouvées pendant encore des décennies (là d’un coup on va voir des innovations techniques super rapides bizarrement ^^), y compris s’il s’agit de tirer parti des évolutions de relocaliser des productions, de renationaliser, etc. Donc peut-être que c’est ça qu’il me manque je crois, une pensée de ces étapes, car pour l’instant je mise sur la résilience de ce système, si on essaie pas concrètement de le faire tomber nous-mêmes. Reste la possibilité que ce soient les ruptures environnementales et climatiques qui créent des situations de détresse telles que les mouvements militants révolutionnaires et écologistes prennent de l’ampleur, qu’il y ait des insurrections etc. Là encore c’est possible… si c’est pas canalisé par des mouvements politiques moins sympa :s

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